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Août 08 2012

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Blouses d’hôpital ouvertes sur les fesses : respectons la dignité des patients

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/606737-blouses-d-hopital-ouvertes-sur-les-fesses-respectons-la-dignite-des-patients.html

 

ParFarfa doc Médecin généraliste et blogueuse

 

La fin des fesses à l’air à l’hôpital peut-elle devenir une revendication nationale ? Même si le sujet peut sembler futile, une pétition réclamant des chemises « respectant la pudeur et la dignité des patients » a déjà recueilli plus de 4.000 signatures sur internet. Farfadoc, la blogueuse à l’initiative du projet, également médecin généraliste, explique pourquoi cette cause est si importante à ses yeux.

 

Se contorsionner pour essayer de maintenir d’une main le bas de sa blouse lorsque l’on se déplace après une intervention. Cette technique, je l’ai moi-même testée en tant que patiente pour tenter de cacher mes fesses en me déplaçant. J’avais alors un bras totalement anesthésié, après avoir été opérée d’une blessure à un doigt… Autant le dire franchement : heureusement que le ridicule ne tue pas.

Je les ai trop vues, ces chemises impudiques

En tant que médecin généraliste, j’ai également eu l’occasion de travailler à l’hôpital. Des corps nus, j’ai l’habitude d’en voir et ce n’est pas ça qui m’embête. Mais on se doit de respecter le droit à la pudeur et à la dignité des patients. J’essaye donc, autant que faire se peut, de ne pas négliger cet aspect dans mon cabinet. Chose qui devient plus compliquée à l’hôpital…

Je n’y travaille plus depuis plusieurs années, mais je les ai trop vues, ces chemises impudiques. J’ai été confrontée à énormément de patients mal à l’aise, qui restaient cloîtrés dans leur lit, en attendant que leur fille leur apporte une robe de chambre pour pouvoir s’aventurer dans le couloir ou à l’extérieur.

Si vous êtes hospitalisé aujourd’hui, vous avez peu de chances de vous retrouver dans une salle commune, avec quatre ou six lits dans la même chambre. Vous n’aurez pas à être exposé en bas d’un amphithéâtre, comme dans un zoo, pour l’enseignement des futurs soignants. Vous pourrez choisir de donner (ou pas) votre consentement aux soins, après avoir été informé des bénéfices et risques attendus. C’est l’un des grands changements de la médecine de ces dernières décennies, au-delà des progrès scientifiques : les patients ont des droits.

Des patients gênés d’être à moitié nus

Par contre, vous risquez fort d’enfiler la même chemise de patient qu’il y a 30 ans… Blanche à motifs bleus, une seule taille pour tout le monde, avec son ouverture dorsale et quelques boutons pression. Elle est difficile à attacher soi-même, laisse les fesses à l’air dès que l’on se met debout, et l’on ne peut enfiler qu’une seule manche si l’on est perfusé et branché à des pousse-seringues.

On retrouve ce modèle dans des hôpitaux et cliniques un peu partout en France : Paris, Lyon, Strasbourg, Nantes, Lille, Marseille, Nice, Rouen, Pointe-à-Pitre, Bordeaux, Grenoble… Et pas seulement aux urgences, pas seulement en chirurgie.

Si vous êtes hospitalisé sans avoir le temps de préparer votre valise, vous pouvez avoir à porter cette chemise pendant longtemps, pour peu que personne ne puisse vous apporter de vêtements adaptés.

En juillet, c’est ce qui est arrivé à Jeanne, patiente de « Leya_MK », kinésithérapeute, qui, indignée, raconte sur son blog comment la vieille dame en vient à s’excuser de se retrouver à moitié nue, faute d’avoir une chemise plus couvrante.

Un article à l’origine de la pétition

L’indignation est une maladie contagieuse. Et la petite communauté du monde de la santé est sensible à ce genre de phénomènes sur Twitter. L’article du blog de « Leya_MK » a été relayé, échangé, commenté. Avec des témoignages de patients, des histoires de soignants, qui ne trouvaient pas cette situation si normale que ça, et demandaient où était la pétition à signer contre cet état de fait.

J’avais très envie de signer une telle pétition, alors j’ai fait quelques recherches.

J’ai découvert que des alternatives existaient. Des chemises plus longues, croisées façon kimono ou nouées sur le côté, des modèles innovants, plus pratiques et compatibles avec les normes hospitalières. Certains établissements les ont adoptées depuis longtemps. Mais je n’ai pas trouvé de pétition existant sur le sujet, alors j’ai fini par en lancer une.

L’information, une fois de plus, a été relayée. Plusieurs blogueurs ont repris le message, « Jaddo » avec humour, « Sous_la_blouse » en dessin, « Dzb17 » en alexandrins, « Docteurmilie » avec son humanité habituelle, et le tout en moins d’une semaine. La pétition pour des chemises d’hôpital respectant la pudeur et la dignité des patients a recueilli plus de 4.000 signatures.

Une revendication pas si futile

Dans le contexte actuel, entre crise économique, problèmes d’accès aux soins et manque chronique de personnel dans les hôpitaux, il peut paraître futile de s’indigner au sujet de quelques boutons pression. Pourtant, des études ont montré l’influence des chemises d’hôpital sur le ressenti des patients.

Il n’est pas si anodin de laisser sa pudeur aux portes de l’hôpital. Une hospitalisation, quel qu’en soit le motif, est rarement un moment agréable et épanouissant. Avec une chemise difficile à fermer, qui incite à limiter ses déplacements par peur de se découvrir, il est encore plus difficile d’avoir confiance en soi et de participer aux décisions concernant sa santé. Une chemise d’hôpital adaptée et digne permet de limiter le sentiment désagréable de n’être qu’un malade et plus une personne.

Le Code de santé publique l’a inscrit dans la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades : la personne malade a droit au respect de sa dignité. La plupart des soignants essayent de préserver au mieux la pudeur et la dignité de leurs patients, mais ils n’en ont pas toujours les moyens.

Dire que les patients ont droit au respect de leur dignité, c’est bien. Leur permettre de vivre leur passage à l’hôpital les fesses couvertes s’ils le souhaitent, c’est mieux. Il est temps de reléguer ces chemises d’un autre temps au rayon des antiquités médicales, avec les salles communes, les clystères et les saignées.

Lien Permanent pour cet article : http://www.cgtchmontauban.info/blouses-dhopital-ouvertes-sur-les-fesses-respectons-la-dignite-des-patients/

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