Nov 18 2011

L’hôpital malade de la rentabilité

Audits, regroupements, management, réductions de postes… l’arrivée de modes de gestion du privé au sein de l’hôpital public a fortement bousculé le quotidien des médecins, du personnel soignant et des patients, constate Le Monde (page 12). Un ouvrage collectif, écrit par des économistes et des sociologues, L’Hôpital en réanimation (éditions du Croquant) et publié le 17 novembre, dresse un tableau inquiétant de la situation.

Avec la mise en place de la tarification à l’activité (T2A), en 2004, le financement des hôpitaux dépend désormais des actes réalisés, ce qui entraîne une course à la rentabilité qui peut aller jusqu’à la réalisation d’actes non justifiés médicalement, mais lucratifs.

La loi « Hôpital, patients, santé et territoires » (HPST), mise en œuvre en 2009, « a parachevé cette évolution, en renforçant le poids des directeurs d’établissements et en créant les agences régionales de santé (ARS) », note le quotidien. « Les règles du management s’imposent à l’hôpital sur fond de réductions de postes, de suppressions de services et de rapprochements entre établissements », observe Laetitia Clavreul, du Monde.

« Grâce à la tarification à l’activité, le patient et ses besoins ont été remis au centre. Résultat : l’hôpital public ne perd plus de parts de marché face au privé », plaide Philippe Blua, président du Syndicat des manageurs de santé publique (SMPS), majoritaire chez les directeurs d’établissements. « C’est cette reprise en main par l’Etat qui heurte et désoriente les médecins », estime au contraire Frédéric Pierru, sociologue, qui a coordonné l’enquête L’hôpital en réanimation.

Près de la moitié des praticiens hospitaliers estiment en effet que leur « directeur est coincé entre ses valeurs de service public et les injonctions de rentabilité de sa tutelle ». Avec, à la clé, un manque de reconnaissance et une grande désillusion. Les personnels soignants ne se portent guère mieux, comme en témoigne une récente enquête de la CFDT santé, qui montre la dégradation des conditions de travail : effectifs réduits, charge de travail élevée, changements de planning, difficultés à pouvoir prendre ses jours de repos, manque de reconnaissance…

Quant à l’activité même des praticiens, elle s’est profondément transformée. « Aujourd’hui, nous travaillons à partir d’indicateurs. En chirurgie, les médecins ne disent plus “J’ai fait une belle opération“, mais “J’ai obtenu 100 % en terme de remplissage du bloc opératoire“ », déplore Nicole Smolski, présidente du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHAR-E). « Le côté humain n’est plus valorisé : on nous demande de l’acte, rentable de surcroît », ajoute-t-elle. Ainsi, dans certains services de réanimation, on tend à privilégier les actes les plus rentables, comme la ventilation artificielle. Ailleurs, on préfère embaucher un « codeur professionnel » des actes médicaux, plutôt qu’un médecin…

 

http://www.mutualite.fr/L-actualite/Kiosque/Revues-de-presse/L-hopital-malade-de-la-rentabilite

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