Nov 01 2011

Professeur Deloche : « L’hôpital va mal, sauvons-le »

 Vous êtes passé de l’autre côté du miroir… qu’est-ce que ça fait ?  

PR ALAIN DELOCHE.

 

Les médecins ne se croient jamais malades et, quand ça leur tombe dessus, ils mentent et se mentent à eux-mêmes. Pour moi, j’avoue, ça a été un choc. Le plus dur, ça a été l’annonce. Le destin qui chavire. J’ai annoncé des milliers de fois la maladie à des patients, mais, pour la première fois, j’ai mesuré la violence des mots. Ces chirurgiens qui parlent de vous à la troisième personne : « Il doit se déshabiller. » Ou ces « on ne sait jamais… » horripilants. On ne sait jamais quoi? Ce n’est jamais expliqué. Finalement, quand on entre chez un malade, on cogne et on ouvre, on n’attend pas la réponse. Il faudrait peut-être que tous les médecins passent par la case « malade » pour se rendre compte de ça.

 

Vous en avez profité pour regarder l’hôpital avec des yeux neufs…

Je lui ai fait confiance. Comme tous les malades. Et j’ai eu raison. La qualité de la médecine actuelle est parvenue à un niveau d’excellence qui était inimaginable quand je suis devenu chirurgien. L’hôpital est une fabuleuse machine humaine. Il faut en avoir conscience, en prendre soin… Sinon la machine cessera d’être fantastique. Dans les couloirs, combien de surveillantes ai-je entendues soupirer « Ce n’est plus comme avant » ? Et c’est vrai. L’hôpital va mal, sauvons-le. Ce n’est pas seulement une question de gros sous.

 

Quelle est la solution?

 Quand on interroge les Français, ils disent que le plus important, pour eux, c’est l’éducation et la santé. Derrière la santé, il y a le soin. A six mois de l’élection présidentielle, je suis sidéré qu’on ne parle pas de l’hôpital public dans le débat politique. Il faut qu’on se pose collectivement la question de savoir comment on sauve la machine. Arrêtons de faire des enquêtes chiffrées, interrogeons les soignants. Sans leur talent et leur dévouement, l’hôpital se serait déjà effondré. Mais il finira par le faire si on ne réforme pas profondément son fonctionnement.

C’est donc aussi un problème de coût ?

 Plutôt un manque de conscience de la valeur des soins. Cette petite carte verte magique, la carte Vitale, a gommé tout rapport à l’argent entre le malade et l’assurance santé. Personne ne paye, tout le monde paye. C’est un système merveilleux, qui profite à tous. Mais on gagnerait à imprimer sa facture à chaque patient qui sort d’hospitalisation. Juste pour qu’il sache : que son opération a coûté 40000 €, que c’est une chance fabuleuse, et que ça vaut le coup de se battre pour sauvegarder ce bien commun qu’est l’hôpital public… Chaque citoyen est concerné, même celui qui commande une ambulance à 300 km juste pour faire vérifier une cicatrice.

Qu’est-ce qui ne va plus ?

  On ne meurt plus chez soi, on va à l’hôpital. On a mal au ventre le soir, on va à l’hôpital… Il y a quarante ans, il y avait peut-être plus de dispensaires, de généralistes en veille, mais aujourd’hui toutes les urgences médico-sociales atterrissent à l’« hosto »… S’ajoutent les normes de sécurité, la charge administrative, les patients transformés en « usagers » et puis, aussi, l’incroyable évolution des techniques médicales… Au risque de passer pour un dinosaure, je faisais jadis des opérations — même des premières mondiales — qui ne coûtaient rien. Aujourd’hui, une simple ampoule d’antibiotiques pour un transplanté vaut 3000 €.

 

http://www.leparisien.fr/societe/professeur-deloche-l-hopital-va-mal-sauvons-le-31-10-2011-1695152.php

Le Parisien

 

 

Lien Permanent pour cet article : http://www.cgtchmontauban.info/professeur-deloche-l-lhopital-va-mal-sauvons-le-r/

Laisser un commentaire

Inscrivez vous à notre newsletter

Pour recevoir nos derniers tracts et articles

bravo votre inscription est prise en compte

Pin It on Pinterest

Vous avez trouvé cet article intéressant? Partagez le

Shares